Au Tchad, 1 femme sur 5 déclare être victime de violence physique et 12% des femmes subissent des violences sexuelles chaque année. Photo par PNUD Tchad / Aurélia Rusek.

 

À l’échelle mondiale, plus d'une femme sur trois indique avoir été exposée à des violences basées sur le genre (VBG) au cours de leur vie, près de 750 millions de femmes et de filles se sont mariées avant leur 18e anniversaire et plus de 200 millions ont subi des mutilations génitales féminines (OMS, 2018). Au Tchad, le chemin vers l’égalité des sexes est épineux, comme en témoigne son 4e rang mondial en matière d’inégalité de genre (PNUD, 2019). Les violations des droits de la personne y sont assez répandues, le plus souvent liées aux traditions et pesanteurs culturelles et à l’impunité.

« Je m’appelle Marie* (nom fictif), je suis âgée de 13 ans. Je suis écolière et j’habite avec mes parents dans le village de Maro dans la province du Mandoul. Un jour, vers midi, ma mère m’a envoyé acheter du sucre chez un commerçant de notre quartier qui se trouve être mon beau-frère âgé de 32 ans », a expliqué la jeune victime à l’occasion des sessions criminelles de la Cour d’appel de Sarh.

« Lorsque je lui tendis l’argent pour récupérer le paquet, il me tira vers lui et me prit de force pour aller dans sa case située non loin de sa boutique pour me déshabiller et m’agresser sexuellement. Je ne pouvais pas crier, car il m’a fermé la bouche en m’interdisant de pleurer. Sa sale besogne terminée, il me relâcha et me menaça en disant : « Si tu me dénonces, je vais te faire encore très mal. »

 

Cette sombre réalité est le quotidien de beaucoup de femmes et jeunes filles au Tchad qui sont souvent obligées de vivre avec leur secret, à proximité de leur bourreau, par peur des représailles ou manque d’information sur leurs droits et les mécanismes pour les faire valoir.

Garantir la sécurité des femmes fait partie des priorités du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui intervient entre autres dans le renforcement des dispositifs de l’offre et la demande de justice à travers le projet d’appui aux institutions de la chaîne pénale au Tchad.  Il met l’accent sur la protection des femmes et des filles contre toutes formes de violences, conformément aux textes et lois en vigueur.

Au Tchad, 1 femme sur 5 déclare être victime de violence physique et 12% des femmes subissent des violences sexuelles chaque année. 35% des filles sont mariées avant l’âge de 15 ans et 44% ont vécu des mutilations génitales féminines (Enquête EDS-MICS, 2014-2015).

Des constats sombres s’imposent : Très peu des cas sont portés devant les instances judiciaires et l’inéquitabilité de certains jugements mine le sentiment de justice chez la population, avec comme conséquence un manque de confiance envers le système judiciaire. Les pesanteurs socioculturelles et la peur d’être stigmatisée font en sorte que peu de victimes dénoncent ouvertement leurs agresseurs. 

 

« J’avais peur de ce que pourrait me faire mon père s’il apprenait ce qui venait de se passer. J’ai souffert en silence. Chaque jour un peu plus jusqu’à ce que ma mère eut remarqué que je n’étais plus la même. Elle m’avait interrogé des heures durant sans rien obtenir. Elle décida alors de m’envoyer à l’hôpital situé à près d’une centaine de kilomètres pour des analyses. »

« Ayant constaté que je n’étais plus vierge, le docteur me posa lui aussi des questions. J’ai fini par le lui avouer à condition qu’il ne dise rien à mes parents. Il a gardé son silence, m’a prescrit quelques médicaments et ensuite libérée. »

« Deux jours plus tard, des gendarmes sont venus arrêter le boutiquier et demander à ma mère de me prendre avec elle et les suivre, ce qu'elle fit sans mot dire. J’aperçus le docteur à notre arrivée. C’est lui qui avait dénoncé mon bourreau. Au début, j’étais terrifié, mais je finis par raconter tout mon cauchemar à la police en présence de mes parents. »

« Ma mère a suggéré un arrangement à l’amiable, une somme de 250 000 à titre d’amende pour classer l’affaire. C’est alors que le commissaire nous expliqua que le viol sur mineure est condamnable par la loi. Il n'y aurait pas de règlements simples, le présumé coupable serait traduit en justice pour répondre de ses actes. À la cour criminelle de Sarh, M.  Altebaye* (nom fictif) écope de 15 ans de prison et versera à ma famille 2 500 000 CFA en guise d’amende. »

Le 7 mars 2020, à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, plusieurs centaines de participants ont participé à une conférence organisée par le PNUD à l’Université de Sarh. L’activité a permis d’informer les femmes et les étudiant(e)s sur leurs droits et les mécanismes de protection en place.

 

À l’instar de Marie, des centaines de femmes et filles victimes de viol souffrent en silence, par peur d’être réprouvées, ridiculisées ou mariées de force. Lors de la dernière session criminelle du ressort de la Cour d’Appel de Sarh appuyée par le projet Chaine pénale en mars 2020, 15 cas de viols sur mineures sur 42 dossiers ont été traités. Le nombre a triplé en seulement une année, illustrant la recrudescence des VGB dans cette contrée du Tchad.

L’appui du PNUD aux victimes se traduit concrètement par le renforcement des capacités des acteurs de la chaine pénale à travers la formation et le financement des activités judiciaires visant la protection des droits de la personne telles que les audiences foraines.

À titre d’exemple, le PNUD a entièrement financé la session criminelle du ressort de la Cour d’appel de Sarh en offrant gratuitement l’assistance d’un avocat à toutes les victimes constituées parties civiles dans les 15 dossiers de viol. Le PNUD a également permis la capacitation de 40 agents sociaux du Ministère de la Femme et 45 officiers de police judiciaire en matière de prise en charge des victimes des VBG . En sus, 1 175 personnes, dont 80 % de femmes et jeunes filles des établissements scolaires et universités, ont été sensibilisées sur les mécanismes de prévention et de lutte contre les VBG.

 

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