Les femmes à l’école du savoir

Celestine Yamine prend la parole
Celestine Yamine prend la parole. (M. Bello/PNUD)

Conscientes de leur handicap ou au regret d'avoir perdu leur première chance en quittant trop tôt les bancs de l'école,  les femmes de Sarh ont cette fois décidé de saisir l’opportunité. Elles sont nombreuses à se bousculer aux portes des antennes de la CELIAF dans tout le Tchad pour apprendre la lecture, l’écriture et le calcul, mais pas seulement...


Dans une grande rue de la ville de Sarh, c’est par une matinée pluvieuse que les femmes se rendent à l’antenne de la CELIAF. Leur âge varie entre la vingtaine et la soixantaine. Dans la salle de classe extérieure mais à l’abri, le tableau noir indique la date du 25 juillet 2013. Nous arrivons en plein cours d’écriture avec l’apprentissage de la lettre « d ».  La formatrice, Madeleine Ouadina  nous présente la classe : « le niveau 1 est composé d’une vingtaine de femmes et le niveau 2 d’une dizaine, en ce moment, c’est la préparation des champs, donc certaines n’ont pas pu rester mais 90% sont là quand même. Elles sont très motivées, elles viennent malgré le temps et la distance, alors que la plupart n’ont jamais vu de salle de classe. »

A retenir

  • 10 antennes de la CELIAF soutenues au niveau national
  • des centaines de femmes participent aux cours d'alphabétisation, de couture et d'informatique


La Cellule de Liaison et d’Information des Associations Féminines (CELIAF) est le partenaire du PNUD dans ce projet opérationnalisation des cantres d’autonomisation féminins qui comprend trois composantes, alphabétisation, ateliers de couture et cours d’informatique.  La CELIAF coordonne les actions des organisations membres et fait le plaidoyer pour une bonne expression de la citoyenneté civile, politique et économique de la femme tchadienne et une promotion de l’éducation civique et de la participation des femmes et des jeunes aux processus locaux et nationaux de prise de décisions.

L’analphabétisme est un réel facteur de blocage pour la participation de la femme à toutes les actions de développement alors que la femme est au centre de la vie du foyer, de la communauté et au-delà.  Madeleine Rokoumta nous explique en quoi savoir lire et écrire est en train de changer sa vie : « Quand j’allais à l’hôpital, je ne pouvais pas lire où étaient les bureaux des consultations, la salle d’attente. Dans certains magasins, les prix sont affichés mais comme je ne sais pas lire, les marchands nous abusent. Petit à petit, j’apprends ici pour changer tout ça ».


Berthe Mordjim nous explique pourquoi elle a rejoint l’initiative : « j’ai entendu par la radio que la CELIAF organisait des cours d’alphabétisation. Comme je n’ai jamais pu aller à l’école,  j’ai voulu venir pour m’instruire. En plus, on échange sur les droits et devoirs des femmes, en plus de s’instruire, on apprend beaucoup et je vais de l’avant. ».  Les programmes d’alphabétisation ne consistent pas seulement à enseigner la lecture, l’écriture et le calcul. La CELIAF fait en sorte que les personnes se procurent aussi plus d’informations sur leur vie privée, par exemple les relations familiales, ou leur  vie publique, par exemple sur leurs droits.

 
Le défi de l’alphabétisation est indissociable de problèmes tels que la pauvreté ou les maladies  (SIDA, paludisme…), le PNUD  intègre l’alphabétisation aux questions de développement, telles que la promotion de la santé et des droits humains.   Charlotte Koutou rejoint sa camarade Madeleine : « J’aimerai savoir lire les ordonnances, si je savais lire je pourrais donner correctement ces médicaments à mon enfant, mais comme je ne sais pas lire, parfois, je me trompe sur les doses et mon enfant est encore plus malade. »

Les programmes d’alphabétisation permettent, en général, aux femmes d’acquérir une plus grande confiance en elles afin de  jouer un rôle actif dans la transformation de leur propre vie et de celle de leur communauté. Pour Dina Ongoto, s’instruire va au-delà de l’acquisition de simples savoirs : «Mes enfants voient que je sais lire et écrire, ils me considèrent plus,  même chose pour mon mari. Maintenant, je peux lui prouver que je sais faire des choses  et je me fais plus respecter ».


Pour finir, Celestine Yamine nous raconte l’impact de ce programme sur son activité: «Lorsque j’allais vendre mes récoltes, les acheteurs abusaient de moi, et je ne me faisais pas bien payer.  Mais maintenant que je sais bien compter, je sais à quel prix vendre mes sacs de céréales et j’ai gagné plus d’argent cette année ».