Les communautés se mobilisent contre le VIH/SIDA

Conversation communautaire sur le VIH/Sida dans la localité de Doguere
Conversation communautaire sur le VIH/Sida dans la localité de Doguere. Crédits: M.Bello/PNUD

Claire Modji, comme la plupart des membres de sa communauté participe cet après-midi aux conversations communautaires sur le VIH/sida organisées dans son village Doguéré (région du Mandoul): « Avant on était totalement dans l’ignorance, on n’avait pas de tribune pour s’exprimer. Nous n’avions pas l’occasion de nous réunir pour discuter mais maintenant certaines choses sont en train de  changer dans la communauté. Ce n’est pas un problème pour moi de m’exprimer en groupe, librement.»

 
Les conversations communautaires sur le VIH/Sida ont été initiées grâce à un appui du PNUD et différents partenaires depuis 2006 pour amener les communautés bénéficiaires à identifier les problèmes de développement en relation avec le VIH/SIDA qui se posent dans leur environnement.  Le problème identifié ce jour-ci dans la communauté où le projet a commencé, il y a seulement deux mois, portait sur l’exode rural qui, pour les participants aux débats,  est un déterminant du VIH/Sida.

A retenir

  • Les conversations communautaires sur le VIH/sida sont soutenues par le PNUD depuis 2006.
  • Les communautés bénéficiaires explorent les causes, les conséquences et proposent des pistes de solutions.
  • Ces conversations sont enregistrées et rediffusées sur les radios locales.

Dr Baltazar est un expert national en appui  au CNLS (Comité National de Lutte contre le Sida) dans quatre régions du sud, il nous décrit les résultats attendus de ces conversations : «Nous voulons responsabiliser les différentes communautés, pour les impliquer. C’est une nouvelle approche, expérimentée dans la région des Grands Lacs. Les communautés deviennent les acteurs de la lutte contre le VIH SIDA. Elles explorent les causes, les conséquences et proposent des pistes de solutions. »

Claire Modji livre son expérience par rapport à la maladie : « Ma petite sœur a le VIH SIDA depuis plusieurs années, elle est mariée, mais on ne sait pas comment elle a attrapé le virus. Dans le village, les gens l’indexent pour sa maladie. C’est une maladie comme une autre, chacun doit prendre ses précautions, mais on ne doit pas rejeter ceux qui en sont victimes. »
Alors que nous écoutons les débats, différentes opinions se font entendre. Dans une atmosphère paisible, les personnes défendent leurs points de vue, sans aucune gêne. On discute de mésentente dans les foyers, de préférence pour l’éducation des garçons, de l’excision, du mariage précoce ou encore des problèmes d’alcoolisme.

Claire Modji nous explique ce que les conversations ont apporté pour elle et sa communauté: « Avant je ne comprenais pas comment on attrapait cette maladie, je pensais que c’était juste par rapport sexuel, mais on peut aussi l’attraper à cause de l’excision. Faire ressortir nos problèmes, ça amène un début de changement, dans la vie du village, quand quelqu’un agit mal, on lui dit «Toi, tu n’as pas écouté ce qui s’est dit à la conversation »

Beyam Idaingar est le superviseur des sites des  conversations communautaires : « Il y a un engouement pour ces conversations qui sont enregistrées et ensuite vulgarisées à la radio locale (Radio Tob). Il y a des résultats concrets en termes de prise de conscience, des non-dits et des tabous qui sautent. C’est un canal pour identifier  d’autres problèmes de la communauté et établir les liens avec le VIH SIDA. »

Les habitants clôturent la conversation en remerciant les facilitateurs  pour avoir institué ce cadre de discussion. Une femme demande la parole: « c’est ce que les grands parents faisaient avant autour du feu, et cette pratique avait malheureusement disparu ; ça nous éduque, ça nous transforme. »