Le PNUD
Tchad appuie depuis quelques années déjà les efforts du Gouvernement
dans la lutte contre le VIH/SIDA. Une récente enquête de
séroprévalence réalisée en 2005 montre qu'au Tchad 3,3% des personnes
âgées de 15 à 49 ans sont porteurs du VIH. Ce taux est inférieur à
celui estimé par l'ONUSIDA en 2004 soit 4,8%. Le taux de
séroprévalence est 7,0% en milieu urbain contre 2,3% en milieu rural.
Les femmes sont plus infectées (4,0%) que les hommes (2,6%). En milieu
urbain, la séroprévalence atteint 8,0% parmi les femmes.
Le VIH/SIDA est assez bien connu des populations tchadiennes mais les
comportements à risque sont encore très courants. En outre, les
personnes vivant avec le VIH/SIDA font l’objet de stigmatisation et de
discrimination. Cela constitue non seulement une atteinte aux droits
fondamentaux des personnes vivant avec le VIH/SIDA mais pose un autre
défi à la lutte contre la pandémie du SIDA et tend à annihiler les
efforts.
Le PNUD, en collaboration avec le Programme National de Lutte contre
le SIDA (PNLS) a introduit une nouvelle approche dite des
"Conversations
communautaires". Cette approche a pour objectif d’amener les
communautés à réfléchir et mener, à partir de leur capital social,
des actions susceptibles de surmonter les innombrables défis liés au
VIH/SIDA dans les communautés.
Les conversations communautaires tentent de créer un espace d'échanges
entre les membres de la communauté (hommes, femmes, jeunes, etc.) leur
permettant de parler d’une manière franche et naturelle des sujets
jusqu'ici tabous et chuchotés. Utilisant des outils participatifs tels
que raconter des histoires, le questionnement stratégique, la marche
communautaire ou la carte communautaire, les facilitateurs essayent
d'amener les membres d'une communauté à identifier les préoccupations
du VIH/SIDA dans la communauté et les encouragent à dégager leurs
propres solutions.
La mise en œuvre des conversations communautaires a démarré en
septembre/octobre 2003 dans une trentaine de communautés réparties
dans trois régions du Tchad. Auparavant, les facilitateurs ont reçu
une formation appropriée d'une semaine. Six étapes sont prévues dans
le processus de facilitation : (1) le développement des relations des
facilitateurs avec la communauté, (2) l'identification des
préoccupations /problèmes de la communauté lies au VIH/SIDA, (3)
l'exploration des préoccupations identifiées, (4) la prise des
décisions et la planification des actions à mettre en œuvre en vue
d'éradiquer les facteurs à la base des préoccupations soulevées , (5)
la mise en œuvre des actions et (6) l'évaluation des actions menées.
Une revue à mi-parcours de la mise en œuvre de l'approche des
conversations communautaires a eu lieu au début du mois de juillet
2004. Il en ressort que les communautés sont enthousiasmées et
adhèrent à cette approche qui les responsabilise directement dans le
domaine de la lutte contre le VIH/SIDA. En plus, l’originalité de
cette approche est qu’elle peut être adaptée à n’importe quelle
préoccupation de la communauté. Cependant, c’est aussi cette
originalité qui fait que la mise en œuvre de cette approche rencontre
certains problèmes. Cependant, les facilitateurs éprouvent des
difficultés de se détacher des activités classiques d’information,
d'éducation et de sensibilisation sur le VIH/SIDA pour être de
véritables facilitateurs afin que les communautés comprennent qu'il
leur revient de relever elles-mêmes le défi de répondre à leurs
attentes en matière de lutte contre le VIH/SIDA.
Il est également apparu que travailler avec des communautés de base
pour lutte contre le VIH/SIDA par cette approche des conversations
prendra du temps et demandera beaucoup de patience pour surmonter
certains habitudes ou comportements. L'approche semble déjà avoir
réussi à briser certains obstacles à une prise de conscience
collective dans certaines communautés où elle est expérimentée. Il
reste à espérer que les changements de comportement vis-à-vis des
risques du VIH/SIDA seront perceptibles à la fin du processus.
L'approche est aujourd'hui développée dans une quarantaine de sites
dans le Mayo Kebbi Ouest et le Mandoul. Elle sera prochainement
étendue à la faveur de la formation de formateurs de facilitateurs que
le PNUD a organisée en avril 2006 au profit d'une vingtaine de
participants. Ceux-ci ont pour mission de faire adopter l'approche
dans leurs organisations et de démultiplier les sites des
conversations communautaires.
D'ores et déjà cette approche est prises en compte dans le cadres
stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA ce qui permettra une
plus grande mobilisation de ressources pour son développement.